Serres de Bessières : une immense usine à tomates… peinte en vert

L’agriculture industrielle intensive subventionnée par la région.

« Un agriculteur ou une agricultrice est ainsi une personne qui cultive la terre. ».

Hasard de l’actualité, un journal local évoque avec enthousiasme le 30 janvier le développement de serres hors sol à Bessières avec subventions publiques (https://www.ladepeche.fr/article/2018/01/30/2732080-2018-tomate-o-toulouse-va-plus-doubler-surface-culture.html#xtor=EPR-1) et nous informe le 1er février que « La Confédération paysanne appelle à une manifestation ce jeudi 1er février, à 15 h 30, devant la préfecture du Tarn, pour protester contre la révision des zones agricoles défavorisées dont 70 communes du département vont être exclues. », manifestation pour contester la suppression des aides publiques (https://www.ladepeche.fr/article/2018/02/01/2733509-la-conf-paysanne-manifeste-devant-la-prefecture.html )

Etat des lieux :

L’Occitanie est la première région bio de France et 4ème région bio européenne (pour plus d’infos, cf http://draaf.occitanie.agriculture.gouv.fr/Agriculture-Bio). L’agriculture est dans une situation fragile en Occitanie, mais la filière de l’agriculture biologique poursuit sa fulgurante croissance ( Ce n’est pas EPP qui le dit mais La Tribune Toulouse : https://toulouse.latribune.fr/economie/conjoncture/2018-01-15/l-agriculture-dans-une-fragile-situation-en-occitanie-764713.html). Mme Delga, Présidente de la région Occitanie, indiquait lors de ses vœux que « d’ici 2021, 40 % des produits servis dans les cantines des lycées seront bio » et dit vouloir mener une politique ambitieuse pour l’agriculture bio.

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Pourtant, et malgré ces constats et ces discours, la région réduit ses aides à l’agriculture bio :

« En 2015, la région Occitanie avait promis 300 euros sur cinq ans de subventions à l’hectare pour réaliser une conversion à l’agriculture biologique. Quelques mois plus tard, en avril 2016, elle restreint ces aides à 30 000 euros par exploitation« Nous avons été victimes de notre succès« , précise Vincent Labarthe, vice-président en charge de l’agriculture pour la région. 27% des exploitations de l’ex-région Midi-Pyrénées sont passées au bio, contre une moyenne en France de 7%. Avec l’instauration du plafond, il reconnaît une disparité entre les grosses et les petites exploitations. « Les plafonds s’adressent plus facilement aux grosses exploitations qu’aux petites« , dit-il.  Avec cette mesure, les exploitations de moins de 100 hectares reçoivent 300 euros de subventions, mais celles de 300 hectares ne touchent que 100 euros.  « Notre chère Carole Delga, présidente de la région, a décidé par effet rétroactif de minimiser cette aide à l’hectare et de la plafonner à 30 000 euros à partir du moment où vous avez plus de 100 hectares, » dénonce Oscar Coupey, président du collectif Ferme pour nos Fermes et propriétaire d’une exploitation à La Romieu dans le Gers. »

https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/agriculture/occitanie-les-aides-reduites-a-l-agriculture-bio-sement-la-colere-dans-les-exploitations_2208040.html mai 2017

Du côté de la PAC, « Le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert s’est attiré les foudres des acteurs du bio en annonçant le 27 juillet les nouveaux arbitrages sur les aides de la PAC (politique agricole commune) jusqu’en 2020. Pour rappel, la France est le premier bénéficiaire européen de la PAC. Elle perçoit 9 milliards d’euros par an dont 7,5 milliards au titre du pilier 1 (aides directes à la production) et 1,5 milliard pour le pilier 2 qui correspond au soutien à l’installation des jeunes, au bio ou aux exploitants en zone de montagne. Le bio représentait jusqu’alors 2% des aides totales soit 160 millions d’euros. Or le bio a rencontré un succès dépassant toutes les prévisions. À titre d’exemple, au sein de l’Occitanie (première région bio de France), et plus particulièrement le Gers a enregistré un taux de conversion bio de 35% par an selon la Région. L’enveloppe du pilier 2 est d’ores et déjà épuisée alors que les subventions devaient couvrir les besoins jusqu’à la fin du programme, en 2020. »

https://toulouse.latribune.fr/economie/developpement-economique/2017-08-03/en-occitanie-les-agriculteurs-bio-denoncent-la-nouvelle-repartition-des-aides-de-la-pac-746242.html
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Et pendant ce temps-là à Bessières, l’entreprise de M. Griffaud qui produit des tomates sous serres hors sol touche des subventions de la région et de France Agri Mer (http://www.franceagrimer.fr/ ) :

« La région met sur la table un million d’euros d’avance remboursable, et 200.000 euros d’aides à l’investissement. Les 18 millions sont portés par la SAS Gilles Briffaud, un agriculteur, qui n’est qu’un cache-sexe. Derrière, il y a des holdings, la FNSEA, et le fond de capital risque Cap Agro Innovation [1]. Ces gens-là n’ont pas besoin d’argent de la région, qui aurait mieux fait d’investir en aidant les petits agriculteurs à acheter du foncier, pour faire du bio, et du circuit court. On aurait fait travailler plus de personnes, dont des jeunes formés dans nos lycées agricoles et qui galèrent pour s’installer. »

Citation de F. Calvet conseiller régional EELV. Septembre 2015 http://www.touleco-green.fr/En-Haute-Garonne-inquietude-autour-du-projet-des-Serres-de,17285

Et à l’occasion de l’agrandissement des serres de M. Griffaud, certains journalistes n’hésitent pas à faire la promotion de l’entreprise en oubliant tout sens de l’objectivité : « En 2018, la tomate «Ô Toulouse» va plus que doubler sa surface de culture. Deux ans à peine après les premiers fruits recueillis, et tout juste arrivée dans nos assiettes ainsi labélisée, la tomate «ô Toulouse» va entamer un fulgurant développement. Cultivée à Bessières, sous des serres chauffées par un système de cogénération (valorisation des vapeurs résiduelles de l’incinérateur d’ordures ménagères), elle va plus que doubler sa surface de production… »

https://www.ladepeche.fr/article/2018/01/30/2732080-2018-tomate-o-toulouse-va-plus-doubler-surface-culture.html#xtor=EPR-1

Quelques infos glanées sur les serres de Bessières : 100 000 pieds de tomates cultivées hors sol ; 62kg de tomates au m2 ; des tomates grappes mises au point par Syngenta qui poussent sur des pains de laine de roche plastifiés ; des serres pilotées par ordinateur ; 1800 tonnes de tomates depuis la mise en service en 2016 ; des engrais chimique pour booster les tomates chauffée par l’incinérateur d’ordures ménagères de Bessières ; 1 euro le kg ; 60% de la production vendu en grande surfaces…

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On espère bien-sûr que ces informations vont vous faire monter l’eau à la bouche à l’idée de croquer dans une tomate de M. Griffaud !

Pour ce qui est des emplois, on en reste sans voix, certains journalistes évoquant un « eldorado »  des chômeurs… mais il faut sans doute savoir garder raison car M. Griffaud lui-même déclare qu’il n’est pas là « pour régler les problèmes de chômage du secteur » (https://www.mediacites.fr/toulouse/enquete-toulouse/2017/06/27/les-serres-de-bessieres-effrayante-usine-a-tomates-au-nord-de-toulouse/? ) ! Et puis, le maraîchage traditionnel, voir bio, crée aussi des emplois : en Occitanie, pour l’agriculture bio, 2 235 opérateurs aval (oct. 2017), dont 42 % d’industries agroalimentaires et commerces de gros et 40 % de points de vente).

Dernière remarque, pour l’instant, les principes de l’agriculture bio bannissent les cultures sans lien avec le sol, mais de fortes pressions existent pour changer les règles de l’agriculture bio en Europe, changement de règles qui pourrait représenter une menace pour les petits maraîchers bio.

On vous invite donc à lire les articles de presse publiés sur les serres de Bessières avec circonspection, à vous interroger sur les prises de positions publiques de Mme Delga concernant l’agriculture biologique et surtout, à vous régaler avec de bonnes tomates muries au soleil quand c’est la saison, achetées sur le marché chez un producteur local, voir dans une AMAP.

Laissons celles de M. Griffaud à Emmanuel Haillot (journaliste de la Dépêche) et à M. Raysseguier maire de Bessières.

EPP

[1] « Cap Agro Innovation » est un fond de capital‐risque dédié à l’agronomie, à l’agriculture, à l’agroalimentaire et aux valorisations alimentaires, industrielles et énergétiques de la biomasse. Il rassemble Sofiprotéol, Tereos et Bpifrance, le Crédit Agricole et la compagnie d’assurances AG2R-La Mondiale

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